L’amour est un oiseau rebelle. Carmen de Bizet

L’amour est un oiseau rebelle

CARMEN de Bizet

Introduction

Carmen est un opéra tragique en 4 actes crée à l’Opéra Comique de Paris le 3 mars 1875. Henri Meilhac et Ludovic Halévy ont écrit le livret d’après la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée rédigée en 1845, qui est une nouvelle beaucoup plus dure et violente. L’héroïne de Bizet, Carmen, est une bohémienne cigarière, c’est une femme libre et forte. La scène se déroule à Séville en 1820. Carmen est amoureuse du général Don José, déjà promis à une autre femme. Dans le premier acte Carmen chante une Habanera « L’amour est un oiseau rebelle » , elle déclare son amour à Don José, c’est elle qui le choisit. Cette Habanera restera célèbre. Nous pouvons aujourd’hui parler du mythe Carmen.

Pourquoi Carmen autant le personnage que l’opéra en entier sont des mythes ? Quelle place la Habanera du premier acte prend dans l’opéra ?

Dans une première partie nous étudierons La Habanera du premier acte et quelle place prend t elle dans l’opéra.

Dans un deuxième temps nous verrons les différences entre la nouvelle de Prosper Mérimée et le livret d’Halèvy et Meilhac et comment fût accueillie la première de Carmen.

Première partie

L’histoire se déroule dans une Andalousie du 19ème siècle.

« Une place à Séville. A droite, la porte de la manufacture de tabac. A gauche, au premier plan, le corps de garde. Au fond, un pont praticable, des ruelles en escalier. Des dragons, oisifs, contemplent les allées et venues de la foule sur place. Survient une jeune navarraise, Micaela (soprano) qui cherche Don José. Le brigadier Moralès (baryton) lui répond que Don José n’est pas là et cherche à retenir la jeune fille. Sonneries de clairons. Sonneries de clairons. Précédée d’une bande de gamins la garde montante vient relever la garde descendante. Moralès informe Don José (ténor) de la visite de Micaela. Le lieutenant Zuniga (basse) interroge Don José sur le comportement des cigarières, mais ce dernier ne pense qu’à Micaela. La cloche de la manufacture se fait entendre. Les cigarières à qui leurs soupirants décochent des œillades et propos galants sortent de la manufacture. L’entrée de Carmen est saluée par le chœur. Très entourée, Carmen (soprano) chante sa habanera : » l’amour est un oiseau rebelle ». Don José ne jette sur elle qu’un regard distrait, mais elle piquée par son indifférence, s’approche de lui et lui lance en plein visage la fleur qu’elle tenait entre ses lèvres. Au nouveau signal de la cloche Carmen et les autres cigarières regagnent la manufacture. Don José, resté seul, ramasse la fleur qui est tombé à ses pieds. Micaela revient. Elle donne à Don José des nouvelles de sa mère, lui remet une lettre et l’embrasse, comme elle l’a promis, lui transmettant ainsi le baiser maternel. Attendrissements des deux amoureux. Duo : « ma mère je la vois, oui je revois mon village… » Micaela s’éloigne de pendant que Don José lit la lettre où sa mère lui conseille d’épouser la jeune fille. Un grand tumulte se produit. Des cigarières se précipitent hors de la manufacture et tentent d’expliquer aux soldats qu’au cours d’une querelle Carmen a blessé sa rivale. On amène Carmen devant Zuniga qui l’interroge. La gitane nargue l’officier ; celui-ci décide de la faire conduire en prison et charge Don José de cette mission. Carmen les mains liées, reste seule en compagnie de Don José et l’avertit qu’il est à sa merci car le charme de la fleur qu’elle lui a jetée devrait déjà opérer. Carmen chante une séguedille : « près des remparts de Séville », et par des inflexions caressantes achève de séduire Don José qui lui délie les mains. Pendant que Zuniga donne des instructions, Carmen, tout bas, indique à Don José ce qu’il doit faire pour faciliter son évasion. La prisonnière et ses gardiens se mettent en marche. Arrivée à l’entrée du pont, Carmen bouscule les soldats, s’échappe et se sauve en riant aux éclats. » (premier acte du livret de Carmen)

Carmen, personnage principal de l’opéra est une bohémienne cigarière, dès le premier acte le spectateur sait à quoi s’attendre. Cette femme est libre, libre de ses choix. Elle arrive sur scène pour chanter sa Habanera. Au balancement des hanches de Carmen correspond le balancement de la Habanera tandis que les paroles transposent le texte de Mérimée. Cette Habanera est en quelque sorte le portrait de Carmen. L’amour de cette chanson est bohémien, il est étranger aux lois de la cité ,au principe même de l’échange amoureux. L’oiseau rebelle est Carmen qui aime un général, qui lui déclare son amour, c’est contraire aux codes, une bohémienne cigarière ne peut s’éprendre d’un soldat et réciproquement. Une femme ne peut pas non plus déclarer son amour à un homme. La habanera est un portrait désinvolte de Carmen mais on y attend sous sa forme plaisante l’imminence du drame « et si je t’aime prend garde à toi » Bizet en fait une impressionnante scène d’envoutement Habanera ,Bizet a puisé le schéma mélodique dans une chanson ibérique d’Yradier, la habanera exalte le désir, liberté des pas (danse) refus de l’échange, la voix prestigieuse conduit ailleurs , chromatismes savants, pauses vocales, déhanchements, passage du ré mineur au ré majeur, légèreté souveraine. Recueil de chansons espagnoles d’Yradier ( 1864) il n’y changera presque rien, la mélodie est à peu près la même, Bizet rajoutera des triolets mais l’harmonie est complètement différente, pédale de ré et il n’utilise que 3 accords majeur et mineur, pourtant nous ne trouvons pas d’impressions de monotonie car il y a des notes de passages très dissonantes, le timbre chaud de la flûte dans le grave, les contrastes de nuances et surtout le rythme irrésistible d’une habanera. Dans cette chanson se révèle tout le portrait de Carmen qui sera en quelque sorte le fil conducteur pour tout l’opéra. Nous nous éprenons de cette mélodie simple, répétitive, mais avec un grand travail sur les timbres de l’orchestre. Une menace est proférée en douceur reprise par le chœur qui répète en écho « prends garde à toi » dans une nuance plus forte ce qui produit un effet paradoxal et saisissant;

Nous pouvons remarquer une grande maîtrise dans le choix de l’agencement des timbres, l’orchestre ne prend pas le dessus sur la chanteuse, on entend certaines vocalises a capella ce qui renforce le côté fort et décisif de cette déclaration d’amour. C’est une mélodie simple mais qui impressionne par sa puissance et ses mots tranchants « prends garde à toi». On peut parler de malédiction de l’amour.

Par cette Habanera qui est une danse d’origine cubaine et espagnole nous découvrons Carmen, cette femme libre, forte, indépendante et ensorcelante. Elle charme le soldat Don José déjà promis à une autre femme, elle attire le soldat dans les bas-fonds andalous, chez les bohémiens. Apres cette chanson le ton de l’œuvre sera changé car ce sera un chemin vers le drame passionnel. En plaçant cette chanson au couleur de l’Espagne, cette danse qui envoûte Don José, au début de l’opéra Bizet met le spectateur en condition, il sait à quoi s’attendre avec cette cassure des codes sociaux. Une bohémienne cigarière qui envoute un soldat, qui le choisit, qui défit la société. Habanera célèbre parce qu’elle empreinte au folklore et à l’imaginaire hispanique, mais aussi parce qu’elle est au nœud même des relations du couple et dans l’acceptation de l’engagement mutuel. On découvre un aspect fantasmatique et ensorceleur de la habanera

Deuxième partie

Le livret de l’opéra écrit par Ludovic Halévy et Henri Meilhac s’inspire de la nouvelle de Prosper Mérimée Carmen écrite en 1845. Le livret de Carmen a été beaucoup modifié par rapport à la nouvelle de Mérimée. L’adaptation scénique de Meilhac et Halévy fait apparaitre de nouveaux personnages tels que Micaela, Frasquita ,Mercédes ,Moralès. Escamillo devient un toréador. Le lieutenant Zuniga apparait aussi Micaela, personnage inventé par les librettistes n’est dans l’œuvre de Prosper Mérimée qu’une jeune fille restée au pays, auquel pense parfois Don José Chez Mérimée, Carmen est une voleuse et une prostituée, elle est mariée à Garcia le borgne. Don José doit tolérer que Carmen se prostitue, il accepte difficilement la liaison de Carmen avec un officier anglais.

Il tue Garcia le borgne après une histoire de tricherie aux cartes, mais ne tolère plus que Carmen reprenne un nouvel amant de cœur et sa jalousie éclate. Halévy et Meilhac ne pouvaient pas reproduire exactement cette histoire qui détaillait la vie d’une prostituée des bas-fonds. Dans la nouvelle c’est Mérimée qui décrit Carmen dans le livret c’est Don José qui l’a décrit Elle est recrée par Halévy et Meilhac elle ne commet plus de délits graves, elle se limite à José et Escamillo, elle est beaucoup moins effrontée et impudique. Meilhac Halévy et Bizet ne possédaient aucun contact direct avec l’Espagne, ils ont donc suivi scrupuleusement Mérimée.

L’ouvrage de Mérimée inspiré des récits de ses nombreux voyages en Espagne Carmen est une bohémienne gitane à Séville où précisément s’est implanté la plus forte colonie bohémienne espagnole, elle est contrebandière, travaille dans une fabrique de tabac, elle est libre et hait les bourgeois. Elle danse le flamenco qui est une spécialité gitane, combinaison d’éléments folkloriques d’Europe centrale et d’Andalousie. La nouvelle de Mérimée est une sorte de tragédie passionnelle brève et intense où les situations et les sentiments sont souvent violents.

Halévy et Meilhac ont dû adoucir le personnage de Carmen mais aussi celui de Don José pour que l’on ne crie pas à l’indécence. Pourtant même si le personnage de Carmen est moins violent que celui de la nouvelle de Mérimée il reste problématique pour l’opéra comique et le public français de l’époque. Halèvy et Meilhac font mourir quand même Carmen à la fin de la pièce ce qui ne s’est jamais vu à l’Opéra Comique. Bizet insista beaucoup pour qu’on ne change pas le final de la pièce ni les différents aspects physiques et moraux des personnages principaux. La première fut un échec le public et les critiques crièrent au scandale, montrer une prostituée et un assassinat à l’ Opéra Comique étaient honteux. L’amour entre une gitane et un soldat était impossible, elle attirait la bonne bourgeoisie vers les bas fonds de la société.

Cet échec reflète le conformisme de la société et de la famille. Carmen est libre de son amour, de ses désirs, mais elle est surtout bohémienne.En dehors de la société, les bohémiens transgressent les cloisonnements de celle-ci, comme son peuple elle n’est pas fixe elle est libre. Carmen est un personnage également très érotique, elle danse ; certaines inflexions de sa voix sont surprenantes pour l’époque. La littérature de l’époque attribuait un certain prestige érotique aux gitanes ainsi qu’aux peuples du sud. Dans certains textes, les auteurs associent la femme andalouse à l’ardeur sexuelle ( Musset « Madrid » ) . Puisque Carmen n’est enchainée à aucun carcan, elle passe pour une femme volage et dévergondée. Au 19ème siècle ; la femme n’était pas libre ; de l’autorité de sa famille elle passait sous l’autorité de son mari. Elle n’avait aucun mot à dire en politique, ne pouvait pas divorcer. Une femme se mariait avec un homme qui correspondait à son rang social. Carmen se heurte à la morale sociale, la morale convenue. Elle est libre à en mourir L’affirmation de liberté de Carmen peut être vu comme un geste de suicide mais cela montre aussi que c’est elle qui décide de sa mort Carmen est une femme émancipée, libre, souveraine et maitresse de toutes ses décisions.

C’est un personnage dont la valeur et la signification sont universelles. C’est sans doute en tant que femme un type d’héroïne de notre temps et de toutes les époques, car la femme en tout temps a été soumise aux hommes. Même si la pièce est très mal accueillie sur la scène de l’opéra-comique, nous savons que la France à l’époque montre un intérêt croissant pour l’Espagne, autant dans la littérature que dans la poésie ou la peinture. C’est un goût de l’exotisme et de l’orientalisme très à la mode au 19ème siècle notamment grâce aux expositions universelles.

Conclusion

L’opéra Carmen de George Bizet restera un mythe non seulement grâce à la nouvelle originale de Prosper Mérimée de 1845 mais aussi par sa réécriture par Halèvy et Meilhac pour les besoins de l’opéra Comique en 1875. La musique, les décors et les voix montrant l’intérêt pour l’orientalisme et l’exotisme seront un tremplin pour beaucoup d’autres œuvres. Selon Roland Barthes  » le mythe est une parole ». C’est un message, pas seulement oral mais aussi l’écrit, la photographie, le cinéma, les spectacles, tout cela peut servir à la parole mythique. L’image doit être significative.Tout peu être mythe mais il faut le justifier par un discours.Il y a un usage social. Carmen est un mythe car elle engendre un discours.

Le mythe doit se baser sur le système sémiologique selon Barthes, la sémiologie est une science des formes car elle étudie la signification indépendamment du contenu. Carmen est donc un mythe car cet opéra relève du message, du discours.

La figure de Carmen inspirera de nombreux films et pièces de théâtre. Cet opéra est encore joué aujourd’hui et il est mondialement connu et reconnu malgré l’échec en 1875 de la première.

Bibliographie:

Mythologies Roland Barthes, éditions du Seuil en octobre 2010

Guide de l’opéra par Harold Rosenthal et John Warrach éditions françaises de Roland Mancini et Jean Jacques Rouveroux, Fayard, collections Les indispensables de la musique en 1974 réédité en 1995

Tout l’opéra, dictionnaire de Monte Verdi à nos jours paru en octobre 1999 par Kobbé, éditeur Robert Laffont, éditions Bouquins.

Bizet par Jean Roy achevé d’imprimer en 1983
, collections microcosmes, éditions du Seuil, Solfèges

Carmen,Bizet L’avant scène édité par les Editions Premières Loges, première édition en mars 1980 et mis à jour en mars 1993, le rédacteur de la publication et le rédacteur en chef est Michel Pazdro

La musique entre France et Espagne interactions stylistiques 1870-1939 textes réunis par Louis Jambou, presses de l’université de Paris-Sorbonne, série études

Collection musique/Ecriture, imprimé en février 2004

Carmen les racines d’un mythe Dominique Maingueneau, collection D’autres Histoires, édition du Sorbier, imprimé en janvier 1985

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introduction

Carmen est un opéra tragique en quatre actes de Georges Bizet sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halèvy d’après la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée écrite en 1845 et publiée à Paris.

L’opéra fut crée à L’opéra Comique de Paris le 3 mars 1875.

Cet opéra est centré autour d’un personnage principal féminin, Carmen qui est une bohémienne et cigarière. C’est une femme forte indépendante et elle est mise à l’honneur dans cet opéra ce qui est rare car les femmes ont peu la parole, ne décident pas à qui elles vont etre mariées.

Dans cette pièce c’est Carmen qui a le plus long temps de parole, c’est elle qui déclare son amour pour un homme, elle qui le choisit.

Elle est amoureuse de Don José, un général, déja promis à une autre femme.

Dans le premier acte Carmen chante une habanera  » L’amour est un oiseau rebelle » et clame son amour pour Don José.

Dans un premier temps nous étudierons la place de la femme au 19 ème siècle dans la société et comment Bizet à travers  » l’amour est un oiseau rebelle » et le personnage de Carmen le montre et le dénonce.

 

 

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Présentation

L’amour est un oiseau rebelle, ici chanté par Maria Callas, est une habanera tirée du premier acte de l’opéra Carmen de Bizet en 1875.

Carmen est un opéra tragique en quatre actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle Carmen de Prospère Mérimée.

La pièce fut crée le 3 mars 1875 à l’Opéra Comique de Paris.

Carmen ( voix de mezzo- soprano) est bohémienne-cigarière.

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l’amour est un oiseau rebelle

L’amour est un oiseau rebelle
Que nul ne peut apprivoiser
Et c’est bien en vain qu’on l’appelle
S’il lui convient de refuser
Rien n’y fait, menaces ou prières
L’un parle bien, l’autre se tait :
Et c’est l’autre que je préfère
Il n’a rien dit mais il me plaît
L’amour ! L’amour ! L’amour ! L’amour !

L’amour est enfant de Bohême
Il n’a jamais, jamais connu de loi
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime
Si je t’aime, prends garde à toi !
Si tu ne m’aimes pas
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime !
Mais, si je t’aime
Si je t’aime, prends garde à toi !

L’oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l’aile et s’envola …
L’amour est loin, tu peux l’attendre
Tu ne l’attends plus, il est là !
Tout autour de toi, vite, vite
Il vient, s’en va, puis il revient…
Tu crois le tenir, il t’évite
Tu crois l’éviter, il te tient
L’amour ! L’amour ! L’amour ! L’amour !

L’amour est enfant de Bohême
Il n’a jamais, jamais connu de loi
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime
Si je t’aime, prends garde à toi !
Si tu ne m’aimes pas
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime !
Mais, si je t’aime
Si je t’aime, prends garde à toi !

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